Encyclopédie mensuelle "Inexpliqué, le monde de l'étrange, de l'insolite et du mystère"
n°93, janvier 1983
article pages 1841 à 1845

couverture Encyclopédie mensuelle "inexpliqué" n°93, janvier 1983
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Billy Meier, le champion des photos d'ovnis

Billy Meier. Une vie mouvementée, qui l'a mené de la Légion étrangère à l'hindouisme, en passant par la prison...
Billy Meier. Une vie mouvementée, qui l'a mené de la Légion étrangère à l'hindouisme, en passant par la prison...

L'affaire Meier est-elle le plus grand canular de toute l'histoire des recherches sur les ovnis ? « Plus le mensonge est gros, mieux il passe », affirmait un célèbre propagandiste allemand.
Avec Billy Meier, nous entrons dans le domaine de l'hénaurme... Faut-il se passionner pour ses Pléiadiens ?

Un des « appareils » utilisés par les Pléiadiens de Billy Meier pour voyager à travers la Galaxie. Une analyse minutieuse permet d'en nier l'authenticité.
Un des « appareils » utilisés par les Pléiadiens de Billy Meier pour voyager à travers la Galaxie. Une analyse minutieuse permet d'en nier l'authenticité.

Janvier 1975 : un fermier suisse, Billy Meier, se promenait, en début d'après-midi, aux alentours de sa maison à Hinwel, dans le canton de Zurich. Il s'aperçut soudain qu'il n'était plus seul lorsqu'un vrombissement étrange emplit le ciel. Levant les yeux, il vit un ovni ayant la forme d'un disque brillant.

Par chance, Billy Meier avait emporté son appareil de photos. Il prit un certain nombre de clichés de l'ovni, avant que celui-ci n'atterrisse, après une rapide descente, à environ 100 m de lui. Meier se mit à courir en sa direction, mais une force inconnue l'arrêta à environ 50 m et un être apparut à l'arrière du disque.

C'est ainsi que se déroula le premier contact entre Meier et les astronautes venus de la constellation des Pléiades. La première rencontre d'une longue série, une centaine au total, au cours desquelles le fermier prit environ trois mille pages de notes et des centaines de photographies. De son expérience naquit un livre, Ovni... Rencontre avec les Pléiades. Cette étrange affaire suscita une importante polémique parmi les spécialistes d'ovnis.

Wendelle Stevens, un colonel en retraite de l'U.S. Air Force, de Tucson (Arizona), fut le premier à étudier l'aventure de Meier et à la révéler au grand public. Stevens aurait entendu parler pour la première fois des rencontres de Meier par une nièce du psychologue C.G. Jung, avec laquelle il avait échangé des photographies d'ovnis quelques années auparavant. Une correspondance s'établit entre Stevens et Meier, la nièce de Jung servant d'intermédiaire et de traductrice. « Cela dura huit ou neuf mois avant que je ne comprenne qu'il valait mieux aller voir ce type de plus près. Il prenait de plus en plus de photos, et toutes paraissaient de qualité », a raconté Stevens.
Des ovnis dans le soleil couchant. Ces deux photos montrent des « appareils » de types différents survolant la ferme de Billy Meier... Trop belles pour être vraiment honnêtes.Des ovnis dans le soleil couchant. Ces deux photos montrent des « appareils » de types différents survolant la ferme de Billy Meier... Trop belles pour être vraiment honnêtes.
Des ovnis dans le soleil couchant. Ces deux photos montrent des « appareils » de types différents survolant la ferme de Billy Meier... Trop belles pour être vraiment honnêtes.

Cependant, tous ceux qui eurent l'occasion de voir les photos de Billy Meier ne furent pas aussi impressionnés que Stevens, qui, lui, s'envola pour Londres avant de rejoindre la Suisse par le train. Là, il apprit que le fermier avait été le témoin de phénomènes inhabituels et anormaux dès l'âge de cinq ans, qu'il avait quitté l'école à l'âge de douze ans pour vivoter de petits travaux, qu'il avait fait un court séjour en prison pour vol, s'était engagé un temps dans la Légion étrangère et avait vécu quelques années dans une communauté hindoue. Il avait même décroché un emploi de chasseur de serpents dans un village indien...

Les envoyés des Pléiades sur Terre, au nombre de trois, dont deux femmes, Semjase, Ptaah et Asket, ont révélé beaucoup de choses à Meier : la planète qu'ils habitent s'appelle Erra, et elle gravite autour d'un petit soleil appartenant à la constellation des Pléiades. Cependant, ce n'était pas leur planète d'origine : leur civilisation a atteint son apogée sur une planète dans la constellation de Lyra, il y a des millions d'années. Ils ne purent maîtriser leur propre avance technologique. Avant que cette société ne parvienne à son autodestruction lors d'une guerre thermo-nucléaire, un habitant de Lyra, nommé Pléione, organisa un exode massif dans l'espace pour coloniser des planètes dans les constellations des Pléiades et des Hyades et sur une planète de l'étoile Vega.

Après que les colons se furent établis, l'exploration de l'espace reprit : elle conduisit les habitants des Pléiades jusqu'à notre propre système solaire, qu'ils atteignirent pour la première fois il y a quelques millénaires. Les astronautes dirent aussi à Meier que leur civilisation avait trois mille ans d'avance sur la nôtre et que le « secteur » de l'Univers auquel est rattachée la Terre est gouverné par le « Conseil Andromède ». Les Pléiades appartiennent également à l'union des planètes, qui compte 127 milliards d'habitants. Ce ne sont pas des surhommes, « mais des hommes comme nous, ayant une vie plus longue et des connaissances plus étendues ».

On peut se demander de quelle façon les astronautes ont pu parvenir jusqu'à nous. D'après eux, le voyage dure environ sept heures et s'effectue à bord de plusieurs appareils. Ils dépassent la vitesse de la lumière - qui, pour nous, est une limite - avec des engins interspatiaux appelés « vaisseaux lumière », dotés d'un système tachyon (les tachyons sont des particules dont la vitesse est supposée supérieure à celle de la lumière). Le déplacement à des vitesses inférieures est assuré par un système de propulsion émettant de la lumière.

On peut s'interroger sur les raisons de leur présence parmi nous. Autre question, peut-être plus pertinente : pourquoi ont-ils choisi de contacter Billy Meier ?
Semjase, la ravissante astronaute des Pléiades. Le seul regret de Meier : elle s'exprimait en suisse-allemand, mais avec un accent épouvantable.
Semjase, la ravissante astronaute des Pléiades. Le seul regret de Meier : elle s'exprimait en suisse-allemand, mais avec un accent épouvantable.

Semjase, un des éléments féminins, n'a pas précisé la nature exacte de la mission des Pléiadiens sur Terre :

« Nous assumons certaines tâches, comme, par exemple, le contrôle du développement des différentes formes de vie dans l'espace et, en particulier, la vie sur Terre, afin de préserver un certain ordre. Au cours de nos missions, nous visitons les habitants des différents mondes et choisissons quelques individus parmi eux pour les instruire à notre sujet. Nous n'agissons ainsi qu'avec des races ayant atteint un haut degré de développement. Puis nous leur expliquons (et leur prouvons) qu'ils ne sont pas les seuls êtres doués de pensée dans l'Univers. »

Les Pléiadiens, cependant, comme d'autres ressortissants de l'espace qui ont communiqué avec la Terre, ne sont nullement impressionnés par notre façon de vivre. Lors de leurs entretiens avec Meier, ils ont prétendu que les Terriens étaient incapables de changer leur conscience collective, qu'ils n'étaient que des névrosés fonçant tête baissée vers leur propre extermination et que, non satisfaits de celle-ci, ils cherchaient à détruire toute forme de vie sur cette planète et dans l'Univers.

Les astronautes utilisaient un langage quasi mystique où se mêlaient de stricts jugements moraux et une indifférence feinte, comme dans la philosophie du Zen. Par exemple : « Nous ne devons jamais oublier que la création n'est qu'une manifestation de la puissance de Dieu et que nous lui sommes à la fois soumis et essentiels. » Ou bien :

« La vie sur Terre n'est qu'une courte étape dans l'infinité du temps passé et à venir. » Ou encore : « Lorsque l'Esprit, le Moi universel, se manifeste sous la forme de l'Amour, la Sagesse et la Vérité, l'Homme rejette ses tendances naturelles : avidité, colère, haine, avarice, guerre... »

Voilà ce que déclara Semjase, l'envoyée des Pléiades, à Billy Meier en 1975. Mais pourquoi avoir choisi Meier ?

Selon Stevens, l'explication de Meier, elle, est plus élaborée : « II s'est réincarné à plusieurs reprises et, au cours de vies précédentes, a été contacté par leurs ancêtres. On lui a proposé, il y a des milliers d'années, de vivre l'évolution de la Terre, et il a accepté. »

On ne sait pas exactement à quoi ressemblent les astronautes. La délicieuse Semjase a expliqué à Meier qu'une légère transformation leur était indispensable pour évoluer sur Terre ; sans elle, aucun extra-terrestre ne pourrait communiquer avec nous. Elle leur permet en effet de penser et d'éprouver les mêmes sensations que les humains.

Meier a remarqué que, malgré tous leurs talents, les astronautes parlaient le suisse-allemand avec un détestable accent. Cela est dû a priori à leur initiation assurée par l'ordinateur. Semjase l'explique ainsi : « Nous connaissons toutes les langues vivantes pratiquées par les humains, ainsi que, d'ailleurs, les langues mortes. L'ordinateur a collecté des indications très précises à partir desquelles nous avons conçu une méthode d'enseignement. L'apprentissage se fait au moyen d'un appareil ressemblant à un ordinateur et sous le contrôle de linguistes... Un autre procédé consiste à être directement relié à l'ordinateur qui, dans ce cas, nous " inspire " les différents langages... L'accent obtenu avec cette dernière méthode est, semble-t-il, imparfait. »

Dès qu'il eut conscience de l'intérêt du cas Meier, Stevens ne perdit pas un instant pour rassembler toutes les preuves : clichés, échantillons de métal donnés par les astronautes, empreintes résultant de l'atterrissage, films, bandes magnétiques, analyses des photographies par un ordinateur, déclarations d'autres témoins. Ce travail ne lui demanda que soixante-deux jours, qu'il passa en Suisse en compagnie de Meier.

Maintenant que l'on en sait un peu plus sur cette aventure, en particulier par les dernières révélations du fantasque Billy Meier, on peut se demander quelles étaient ses réelles intentions. Car son récit est devenu si étrange que le doute ne peut qu'envahir l'esprit du plus crédule défenseur d'une hypothétique vie extra-terrestre, qui ignore même les conclusions des experts scientifiques.

Dans une de ses dernières déclarations fracassantes, Meier raconte le voyage à travers le temps qu'il a effectué à bord d'un appareil des Pléiadiens, dont le nom serait Variation Type-4. Lors de ce périple, Meier serait remonté jusqu'à l'âge des dinosaures et les aurait même photographiés. Il aurait également rencontré Jésus-Christ, qui, fortement impressionné, l'aurait choisi comme disciple. Mais, pour échapper à une crucifixion certaine, il a préféré rejoindre le temps présent. Il affirme avoir visité d'autres planètes, avoir photographié la jonction des capsules Apollo et Soyouz (étrange que ni la N.A.S.A. ni les Russes n'aient détecté la présence des Pléiadiens), et - le plus extravagant de tout - avoir pris une photo de l'œil de Dieu. Meier fut transporté dans le futur par les Pléiadiens pour assister à la fin tragique de San Francisco sombrant dans la baie, lorsque la fissure San Andréas s'élargira.

Ces propos extraordinaires peuvent prêter à rire, et les réponses de Meier aux critiques n'ont fait qu'aggraver son cas. Par exemple, lorsqu'on lui demanda pourquoi il n'avait pas photographié les deux yeux de Dieu, il a répondu que l'autre était fermé : le Seigneur faisait de l'il à sa compagne (qui était, inutie de le préciser, la charmante envoyée des Pléiades : Semjase). Un autre exemple de bizarrerie : la photo d'un ptérodactyle sur fond de pyramide !

Les partisans de Meier - principalement le groupe connu sous le nom de « Gênésis III », qui publia le livre du colonel Stevens - ont essayé de lui venir en aide. Ils ont sombré eux aussi dans la confusion et les contradictions. Peut-être encore plus que Meier. Le critique le plus acerbe fut Kal Korff, et le titre de son livre sur Meier est on ne peut plus explicite : Le Plus Grand Canular de l'ufologie.
Une empreinte sur l'herbe, près de la ferme de Meier. Elle aurait été laissée par un ovni des Pléiadiens.
Une empreinte sur l'herbe, près de la ferme de Meier. Elle aurait été laissée par un ovni des Pléiadiens.

On peut considérer Jim Dilettoso, de Génésis III, comme le plus extravagant défenseur de Meier. Kal Korff a publié une longue interview au cours de laquelle Dilettoso prétend que, dans les années cinquante, Wendelle Stevens et un autre expert en ovnis, Richard Miller, ont mis au point, pour le compte de l'U. S. Air Force, une méthode de communication avec les extra-terrestres :

« Ils se seraient rendus en Alaska, où les propriétés du champ magnétique sont plus favorables à l'induction de la résonance, et nous avons des centaines et des centaines de bandes magnétiques relatant les contacts de Richard et d'autres officiers de la C.I.A. avec les extra-terrestres... Deux de ces officiers présentent de graves troubles de la personnalité. »

Lorsqu'on lui en demanda la raison, Dilettoso répondit : « On a constaté un changement du taux d'urée et l'apparition de diabète chez les sujets entrés en contact avec les extra-terrestres ».

Il paraît évident que Stevens et ses amis, membres de Génésis III, ont ajouté foi aux paroles de Meier et pris les preuves qu'il avançait pour argent comptant. Devant les réactions acerbes et les critiques sarcastiques de nombreux experts en ovniologie, ils ont été contraints de défendre jusqu'au bout leur cause perdue. Meier, quant à lui, n'a cessé de tenir des propos de plus en plus extravagants (non sans un certain humour), au point que les membres de Génésis III ont dû reprendre ses paroles pour les rendre plus crédibles. Mais, même après ce remodelage, les déclarations de Meier ne sont qu'un tissu d'incohérences.

Wendelle Stevens explique ainsi la rareté de documents photographiques concernant les Pléiadiens : « Ils craignent d'être attaqués... et ne tiennent pas à être reconnus. C'est probablement parce qu'ils ne veulent pas risquer leur vie lorsqu'ils déambulent dans les villes européennes. » En revanche, Meier n'a pas nié l'étrange ressemblance de Semjase avec sa propre petite amie. On peut donc se demander alors qui tient à ne pas être reconnu dans les villes d'Europe.

Les déclarations de Meier et du groupe Génésis III à propos des échantillons de métal et des cristaux donnés par les Pléiadiens comme preuve de leur extraordinaire technologie sont moins édifiantes. Meier a effectivement présenté ces objets lors d'un séjour de Stevens et de son équipe en Suisse. Il leur a téléphoné un matin pour annoncer son cent-cinquième contact avec les Pléiadiens pendant la nuit, ainsi qu'« une bonne surprise ». Cette dernière consistait en un paquet remis par l'astronaute Quetzai, contenant quatre échantillons de métal, un échantillon organique et neuf minéraux et cristaux.

D'après le livre de Stevens, les scientifiques, qui ont examiné avec le plus grand sérieux ces spécimens, leur auraient trouvé des propriétés remarquables et auraient déclaré « n'avoir jamais rien vu de semblable auparavant ». On ignore comment les Pléiadiens ont pu fabriquer des métaux d'une telle pureté. Par contre, les caractéristiques générales de ces derniers permettent d'affirmer qu'ils résultent « non d'une électrolyse, mais d'un processus de fusion à froid qu'on ne sait pas réaliser sur Terre. »

Kal Korff, pensant qu'il ne fallait pas accorder à tout cela un intérêt exagéré, eut un entretien avec le docteur Marcel Vogel, qui analysa les échantillons pour Génésis III et en tira des conclusions plutôt différentes de celles formulées dans le livre. D'après le docteur Vogel, seul le premier échantillon présentait un réel intérêt : il était constitué d'aluminium, d'argent et de thulium d'une remarquable pureté. Les autres n'étaient que de vulgaires cristaux de quartz, de citrine, d'améthyste et de nitrate d'argent. Il n'y avait aucune raison de croire qu'ils étaient d'origine extra-terrestre.

Génésis III reste tout aussi discret à propos des nombreux témoins qui auraient vu (et, dans certains cas, photographié) les vaisseaux des Pléiadiens survolant la Suisse. Aucun autre cliché n'a été présenté ni publié, et aucun autre témoin n'a été cité. Ce que l'on peut retenir du livre de Stevens, ce sont quelques photographies d'inconnus assis autour de la table de Billy Meier et une déclaration selon laquelle les affirmations des témoins (enregistrées sur bandes magnétiques) ont été analysées au moyen de tests psychologiques.
Une flottille de vaisseaux photographiée par Meier en février 1975. Ils effectuaient, affirme-t-il, des « sauts de puce ».
Une flottille de vaisseaux photographiée par Meier en février 1975.
Ils effectuaient, affirme-t-il, des « sauts de puce ».

Il ne semble pas non plus qu'on ait étudié les notes prises par Meier lors de ses contacts avec les Pléiadiens. Mais Jim Lorenzen cite le docteur James Hurtak, un éminent linguiste qui a pris la peine de lire attentivement les quelque 3 000 pages de la version originale de la « correspondance » avec Semjase : « On y constate un mélange de noms d'origine égypto-araméenne et égypto-hébraïque, dit-il. De cette correspondance parsemée d'affirmations souvent illogiques se dégage une impression de loufoquerie, dans ce qui apparaît en fait comme un gigantesque canular. Selon " notre évaluation de la connaissance vraie ", cette civilisation, qui prétend avoir trois mille ans d'avance sur la nôtre, n'a finalement que peu progressé dans le domaine intellectuel par rapport à nos ancêtres vivant il y a cinq mille ans. »

« Les extra-terrestres ont apporté à Meier ce qui a le plus de prix, la Sagesse », remarque Kal Korff, ajoutant même : « une sagesse tout à fait primaire ».

En lisant ce que Semjase a bien voulu confier à Meier sur la vie ou l'Univers, on est surpris par son style trivial et bon enfant. Mais de toutes les preuves produites par Meier, rien n'est plus controversé que les photographies des vaisseaux extra-terrestres...

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